LE PAPILLON

di Christian Beck (1879-1916)

Nous avons été hier au Prato Gentile. Ce nom de guinguette fut donné par les habitants de Rocca Luparella au plus charmant endroit de la terre: un pré vert et sans pente, où paissent en demi-liberté des groupes de chevaux, les pieds de devant garrottés - de toutes parts entouré par de profonds bois de hêtres. Au fond du quadrilatère, de naturelles arcades d'arbres sous lesquelles on s'assied. Nous avions avec nous les filles de don Prospero, l'homme «le plus riche de Rocca Luparella», disent les gens du pays qui, impressionnables et sans vanité comme beaucoup d'Italiens, ne cherchent point à dissimuler leur admiration pour la richesse; don Prospero, ancien sindaco de notre commune, habite Rome l'hiver; il a l'air d'un sacristain, paraît porter perruque et fait une collection de montres modernes; ses filles sont fagotées, leur expression est celle de la pauvreté, elles sont chétives, celle-ci, qui compte dix-huit ans, semble n'en avoir guère dépassé douze; un évêque de village, qui fait sa tournée, et qu'amenait le sénateur, petit vieux cravaté de blanc comme en 1860, président à la Cour des comptes, l'air d'un chef de bureau, très fort, dit-on, sur la comptabilité du Royaume; la mére de Trianon, sa sœur, ses quatre frères, une jeune fille dont le père s'est installé dans une belle forêt de sapins toute proche qu'il fait scier, les deux nièces du dernier duc - car Rocca Luparella possède un duc, dont les ancêtres possédaient Rocca Luparella - quelques tantes des filles de don Prospero; des mulets chargés de provisions complétaient notre cortège. Bref, l'inévitable piquenique.

La rocheuse montée par des sentiers en lit de torrent, est assez agréable. Je chemine à côté de la mère de Trianon. Mais passer toute une journée dans ce Prato dont j'ai pris, lorsque j'y étais seul, tout ce qu'il pouvait donner, va me rendre, je le crains, assez embarrassé de mon personnage. Assurément je me fusse mieux trouvé dans ma chambre, à mes écrivasseries, ajustant mon mémoire sur "l'Hérédité et l'Imitation dans la Symphilie chez les Arthropodes". Si la nature et considérer du milieu de l'attente son fleuve pathétique et lent me donnent du plaisir, j'en suis encore à croire à la nécessité de «faire quelque chose». Mais ai-je depuis quinze jours vécu une seule heure sans penser à elle, et ne faut-il pas que j'aille partout où sera Trianon?

Au fait, pourquoi l'appelé-je ainsi? Ce surnom, qu'elle ignore, est ridicule. Il le serait, s'il était cherché. Mais il a jailli si naturellement de sa grâce, que je n'eusse pu m'y dérober. Je ne le prononce qu'à moi-même, et il me semble qu'il y a une sorte de pudeur à ne pas lui donner son nom. Même sa famille et les gens de son entourage l'appellent d'un autre nom que le sien. La toute-puissance qu'elle ignore qu'il ne tiendrait qu'à elle de prendre sur moi m'apparaît encore également fragile et redoutable. Je ne saurais vivre en dehors de sa vue que comme si j'étais devant elle. Son nom, il me semble que je ne pourrais le prononcer en sa présence que comme ces mots indistincts où l'âme défaille et se sent mourir avant de vaincre et de renaître; comme on arrache un voile; comme on s'abandonne aux ailes de la prière, ou à la fureur radieuse des tempêtes: car la prière est violence, et «les cieux», Trianon, «sont aux violents qui les ravissent».

Hélas! Ma dernière violence est morte. Je ne serai plus jamais un loup que par la solitude - plus jamais un «loup ravisseur». Pour un loup hors S. Matteo cadres, la journée, d'ailleurs, ne s'est pas trop mal passée au Prato Gentile.

Je vis tout de suite qu'il y auraît peu de plaisir à prendre auprès de ces demoiselles, toutes, à part Trianon et sa sœur, assez sottes. Au jeu de médaille, amusant en soi, où l'on saute à pieds joints, ces jeunes personnes, à qui leur éducation dans la montagne semble avoir laissé, comme il fallait s'y attendre, peu de naturel, n'avaient pas même l'esprit de bien sauter. D'autre part, Trianon, que la politesse donnait d'ailleurs à ses nouvelles amies, reçut fort mal un commencement de conversation - peut-être un peu trop directe. Je ne sais plus ce qui m'avait amené à lui demander si elle ne jugeait pas qu'il fallût qu'il y eût pour chacun, comme pour une peintre célèbre dont on venait de parler, et qui préférait, je crois, mon Dieu!, la peinture, une chose qu'il préférât à toutes les autres réunies. Elle brisa net cette tentative de flirt en répondant qu'en tout cas, pour elle, «elle n'était pas comme cela». Bon! Au moins, me dis-je en m'enfonçant dans les bois, son indifférence est générale et unanime. Elle est ègoïste avec impartialité.

Giovanni m'accompagna. Nous étions à cheval. Il était divertissant de se baisser juste à temps pour éviter les branches et de se redresser aussitôt après dans le vide étroit. On a l'impression de jouer au jeu de grâces avec sa tête.

  • C. Beck, Le papillon. Journal d'un romantique, Bénard, Liege 1910, pp. 18-20.

LA FARFALLA

trad. di Francesco Mendozzi (1984)

Ieri siamo stati a Prato Gentile. Questo nome da osteria fu dato dagli abitanti di Rocca Luparella al posto più bello del mondo: un prato verde in piano, sfiorato da mandrie di cavalli allo stato semibrado con gli zoccoli anteriori ferrati, e circondato da fitti boschi di faggio. Nell'area bassa del quadrilatero archi naturali d'alberi sotto cui sedersi. Abbiamo avuto con noi le figlie di don Prospero, «l'uomo più ricco di Rocca Luparella», dicono gli abitanti del luogo che, impressionabili e smaliziati come molti italiani, non nascondono la loro ammirazione per la ricchezza. Don Prospero, ex sindaco di questo Comune, d'inverno vive a Roma. Somiglia a un sacrestano e pare che indossi la parrucca; fa pure collezione di orologi moderni. Le figlie, infagottate ma rachitiche, hanno però l'espressione della povertà; una delle due ha diciott'anni ma sembra aver superato a malapena i dodici. Un vescovo, che fa il consueto giro per il paese, ha portato con sé un senatore - indossa una piccola vecchia cravatta bianca in stile 1860 - che ha l'aria d'un capufficio, ma in realtà è presidente della Corte dei Conti, e si dice che sia molto influente sulla contabilità del Regno. Completano il nostro corteo la madre di Trianon, la sorella, i suoi quattro fratelli, una ragazza il cui padre si stabilì in una splendida pineta qui vicino e che poi ha fatto disboscare, entrambi i nipoti dell'ultimo duca - giacché Rocca Luparella ha un duca, i cui antenati ne erano i proprietari -, alcune zie ed infine i muli carichi di provviste. In breve, l'inevitabile picnic.

L'ascesa rocciosa, su sentieri a letto di fiume, è piuttosto piacevole. Io cammino accanto alla madre di Trianon. Ma trascorrere un'intera giornata in questo prato, che ho goduto appieno quand'ero solo, ho paura che possa provocarmi qualche imbarazzo. Sicuramente starei meglio nella mia stanza, allo scrittoio, ad aggiustare le mie memorie su "L'eredità e l'imitazione dei centopiedi nel gruppo degli artropodi". Se la natura e il prendere in considerazione l'idea di aspettare il suo fiume lento e patetico mi danno piacere, sento comunque la necessità di far qualcosa. Ma ho vissuto due settimane pensando a lei ogni minuto, e ora non dovrei essere ovunque sia Trianon?

Tra l'altro, perché la chiamo così? Questo soprannome, di cui è all'oscuro, è semplicemente ridicolo. E ridicolo lo sarebbe, se fosse ricercato. Invece scaturì in modo così naturale dalla sua grazia che non potevo lasciarmelo sfuggire. Lo ripeto tra me e me, e sembra che ci sia una sorta di pudore nel non pronunciare il vero nome di lei. Persino la famiglia e i conoscenti la chiamano con un nome diverso dal suo. Quel potere che non sa di esercitare sulla mia persona mi appare ancora fragile e formidabile a un tempo. Non posso vivere senza la sua considerazione, come se fosse sempre qui davanti a me. In sua presenza, sono convinto di non riuscire a pronunciarne il nome come fosse una semplice parola, senza che lanima crolli e poi muoia prima di riemergere e alfine risorgere: è come squarciare un velo, abbandonarsi alla preghiera o arrendersi alla furia radiosa d'una tempesta. Perché la preghiera è violenza: «i cieli subiscono violenza e i violenti se ne impadroniscono».

Ahimé! La mia ultima violenza è morta. Non sarò mai un lupo solitario, men che meno un lupo violento. Per un lupo gentiluomo, la giornata a Prato Gentile, tuttavia, non è stata poi così male.

Ho subito notato che è divertente stare con tutte queste donne, a parte Trianon e sua sorella, una ragazza piuttosto sciocchina. Al gioco della medaglia, spassoso di suo, dove si salta con entrambi i piedi, questi ragazzi, la cui formazione montanara dovrebbe averli forniti - com'è prevedibile - d'un che di selvatico, non sanno saltare bene. D'altronde, Trianon, che tanta cortesia riserva anche ai suoi nuovi amici, ha preso molto male un principio di conversazione, forse troppo diretto. Non so cosa m'abbia spinto a chiederle se non pensava di essere come tutti o come un celebre pittore di cui aveva appena parlato, ma presumo che, sopra ogni cosa, prediligesse - Dio mio! - la pittura. Fatto sta che ha troncato questo imprudente tentativo di flirt rispondendo secca che «lei non è così». Bene! Perlomeno, mentre m'addentro nel bosco, mi dico che la sua indifferenza è unanime e generale. È egoista con imparzialità!

Giovanni m'accompagna, siamo andati a cavallo. È stato divertente abbassarsi appena in tempo per evitare i rami e poi infilarsi negli spazi stretti. Si ha l'impressione di giocare a roverino con la testa.

  • F. Mendozzi, Guida alla letteratura capracottese, vol. II, Youcanprint, Tricase 2017, pp. 143-144.

© 2014-2020 Letteratura Capracottese di Francesco Mendozzi

Via San Sebastiano, 6 - 86082 Capracotta (IS)

*** Contattami ***